Même si c’est malheureux pour un mélomane strict, la pochette d’un album peut parfois être révélatrice de la déchéance d’un artiste. Il n’y a qu’à regarder les Mamas & the Papas. Les pochettes de leurs trois premiers albums témoignent d’une union amicale des plus fortes, le groupe semblait même atteindre une plénitude si l’on en croyait celle de Deliver. Celle de The Papas and the Mamas (les neurones ont grillé chez l’unité marketing de Dunhill) exprime bien le bordel ambiant qui règne en 1967-1968.

Il faut dire que les événements négatifs s’enchaînent pour les infortunés chanteurs. John Philipps se voit frappé d’une folie artistique, de ce tic qui le pousse à devenir perfectionniste. Finis les albums enregistrés en 2 semaines, on achète le matériel nécessaire pour un album conçu sur une plus large période. De quoi énerver Cass Eliott, qui se trouve par ailleurs empêtrée dans des affaires de vol et de trafic de drogues (enfin, surtout son compagnon de l’époque), et qui s’embrouille avec Philipps au point de provoquer l’annulation de concerts et la panique chez les autres en annonçant la fin du groupe. Bref, c’est la fête à la maison, et Dunhill voit tout cela d’un très mauvais oeil.

Le groupe parvient cependant à enregistrer The Papas and the Mamas et à sortir l’album en 1968. Entretemps, Cass Eliott, fatiguée par l’hybris de Philipps, songe déjà à une carrière solo, et se fait les dents sur “Dream a Little Dream of Me”. La chanteuse s’était déjà imposée sur les précédents albums, mais ici sa chanson apparaît tel une mouche dans le potage du fait de l’absence totale de choeurs et un style jazzy complètement à l’opposé du reste de l’album. La performance vocale est à saluer, mais pas vraiment le reste. Pour rester dans les reprises, outre une intro anecdotique, on constate qu’il n’y a guère que “Nothing’s Too Good for My Little Girl” en plus, très beatlesienne et pas moche pour un sou. Le reste de l’album est donc original, et présente un quatuor qui se démène encore pour être au sommet.

Il y a quand même du bon gros morceau oubliable. “Meditation Mama” présente pour la première fois dans l’histoire des Mamas and the Papas John Philipps en chant principal, mais c’est tout ce qu’il faut retenir. En revanche, le quatuor inscrit de nouveaux classiques dans son répertoire avec “Mansions”, à l’instrumentation que d’aucuns pourraient qualifier de proto-gothique, et “For the Love of Ivy”, dont le refrain, très sunshine pop, en ravira plus d’un. On peut aussi évoquer Rooms et sa guitare acérée, ou bien “Safe in my Garden” si on veut vraiment insister sur les chansons pas mauvaises.

Globalement, ça sent déjà la fin, cependant. En dehors de deux hits imparables, The Papas and the Mamas ne propose rien de franchement folichon. La tension est trop grande pour que le groupe puisse continuer, ce qui se ressent sur la qualité globale de l’album. Et ce qui devait arriver arriva : Cass Eliott étant grisée par le succès de “Dream a Little Dream of Me”, ce qui lui permettra de démarrer sa carrière solo, et le succès d’estime au Billboard, les Mamas and the Papas finissent par exploser.  Un coup dur pour la pop, qui perd l’une de ses plus glorieuses formations. Au moins n’aura-t-elle pas agonisé pendant des années avec des albums toujours plus poussifs et inutiles…

Published

Votes are used to help determine the most interesting content on RYM.

Vote up content that is on-topic, within the rules/guidelines, and will likely stay relevant long-term.

Vote down content which breaks the rules.