Un grand mystère plane sur le 2e album des Mamas and the Papas. Un mystère concrétisé par une question qui brûle les lèvres des fans : qui chante sur le disque ? Pour comprendre une telle interrogation, il faut faire un peu d’histoire. En 1966, alors que le groupe a percé avec If You trucmuche, il se met à battre le fer tant qu’il est encore chaud. Or, voilà que Michelle Phillips est surprise dans les bras de Denny Doherty, puis de Gene Clark, musicien des Byrds – le monde est petit. La chanteuse est virée et remplacée par une certaine Jill Gibson, qui participe à une partie des enregistrements. Cependant, la réconciliation arrive assez vite pour que Michelle revienne et réintègre le groupe, au point de rejouer et overdubber des parties vocales de Gibson. C’est là l’imbroglio : si Phillips avoue ne pas savoir qui a chanté sur quoi sur le produit final, Gibson a longtemps persisté en disant qu’elle avait tout chanté. Qui a raison, qui a tort ? Comment les départager vu qu’elles semblent avoir le même ton de voix ?

On ne sait pas et on s’en fout. Car The Mamas and the Papas (l’album) est de toute façon grandiose. John Phillips, compositeur du groupe, transcende son art et exploite à merveille les voix de ses comparses. Les harmonies vocales sont ciselées avec talent, et enchantent à merveille les oreilles. De plus, le guitariste-chanteur se permet de limiter le nombre de reprises sur son disque. Si le précédent était à moitié original, son successeur ne comporte que trois reprises sur douze morceaux, ce qui est tout sauf rien, notamment pour l’époque. De plus, les tubes s’alignent avec une insolence sur laquelle ne cracheraient pas bien des duos de compositeurs, au point que cela en devient affolant.

Rien que les trois singles annonçaient du tout bon : “Dancing in the Street”, à l’origine écrite par Marvin Gaye, montre Cass Elliot s’insérer à merveille en tant que soliste dans un registre plus blues/soul, tout comme “Words of Love”, composition originale, la montre tout bonnement impériale en à peine deux minutes sur un rythme plus proche du jazz. Le caractère collectif reste cependant prédominant, comme le montre (de manière relative) “I Saw Her Again”, où Doherty nous entraine dans une joie intense. À noter que le final de la chanson est en fait issu d’une erreur de montage, mais le résultat paie tellement que même Paul McCartney l’a trouvé génial.

Contrairement à trop d’albums de l’époque ne comportant que des singles comme principal intérêt (coucou Revolver), The Mamas and the Papas contient des moments d’anthologie interdits aux possesseurs exclusifs de 45 tours. La ballade “Strange Young Girls” frappe fort, avec ses choeurs irréels et son instrumentation tout aussi onirique. Doherty et ses comparses se font même mystérieux sur le « médiéval » “Dancing Bear”, qui pourrait limite passer dans un bon Disney – si ça existe. “Trip, Stumble & Fall” aurait très bien pu pour sa part finir en single, ce qui n’a pas été fait et laisse songeur quant à la perspicacité des pontes de Dunhill.

Il vaudrait mieux arrêter ici la chronique, sous peine de plonger dans un track by track qui ne lui ferait pas honneur. The Mamas and the Papas, à travers leur album éponyme, se surpassent allègrement en cette sous-estimée année 1966. Cependant, il ne poindra « seulement » qu’à la 4e place du Billboard, et se plante même en Angleterre avec la 24e place des charts. Peut-être manquait-il un tube définitif à la “California Dreamin'” ? C’est possible et ce serait bête que ce soit le cas. Et puis les performances établies donnent déjà envie de faire pareil à certains, c’est une évidence.

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